01.04.2009

> G20 : un sommet à hauts risques

G20.jpgDans la crise mondiale actuelle, comme dans toute situation difficile, rien n'est blanc, rien n'est noir, mais au contraire tout est humain et contrasté : certaines grandes entreprises profitent de l'opportunité pour licencier alors que des profits sont dégagés. Certains dirigeants de PME peinent à pouvoir sortir leur propre rémunération, faute de trésorerie, en raison d'un cahier de commande très léger, voire désepérement vide. Et pourtant, l'immédiateté médiatico-politique voudrait qu'on résume en quelques mots ce grand écart des situations, raccourcis toujours encleins à faciliter, pour le commun des mortels, la désignation d'un bouc émissaire responsable de tous nos maux : le "grand patron", la bourse, les paradis fiscaux, le capitalisme, les banques, etc.

Loin de nous l'idée de tomber dans le piège inverse de la défense aveugle de ces acteurs économique. Il s'agit plutôt de replacer la réalité à sa juste place et de "calmer le jeu" qui prend visiblement en ce moment des tournures de plus en plus radicales, au fur et à mesure qu'on s'enfonce dans la crise : les prises d'otage de chefs d'entreprises se multiplient et se banalisent de façon inquiétante. Les manifestations pour traiter socialement la crise rencontrent une écoute croissante. Le chômage et la précarité augmentent, etc. Il y a là des facteurs de risque d'embrasement social non négligeables et surtout qui vont crescendo. Il faut bien dire qu'avec la médiatisation des bonus de quelques profiteurs coupés des réalités des "masses besogneuses", l'amalgame est aisé et le calcul rapide : à chaque fois qu'un "grand patron" engrange un bonus d'un million d'euros, il prive l'entreprise d'un peu plus de 83 années d'un salaire au SMIG. Si on se base sur une vie professionnelle d'une durée d'un peu plus de 40 ans, on peut donc dire qu'à moyen constant, l'entreprise fait donc (ou non) le choix de "récompenser" un patron à un moment donné, ou au contraire de se doter de moyens d'activité et de production de 2 salariés au SMIG sur toute une carrière... C'est loin d'être anodin... Et en période d'envolée des licenciements économiques, c'est forcément incompréhensible et injuste.

C'est dans ce contexte où les craintes et les exaspérations s'expriment de plus en plus vigoureusement que doit se tenir demain, à Londres, le sommet du G20. Hasard de l'Histoire, c'est à Londres également qu'en 1933 s'étaient réunis les chefs d'états et de pays pour tenter de donner une impulsion économique commune pour endiguer la crise de 1929... Réunion alors soldée par un cuisant constat d'incapacité à oeuvrer ensemble... On connait les conséquences de cet isolement des nations quelques années plus tard... Gageons que la rencontre de demain trouvera une issue plus positive et que nous n'assisterons pas à un dangereux bégaiement de l'histoire...

Il faut bien comprendre que rien n'est aujourd'hui acquis et que les risques de mésentante sont présents : d'un côté les Etats-Unis qui souhaiteraient une relance plus rapide par l'augmentation de la dette de chaque pays, comme ils l'opèrent chez eux. D'un autre côté, pour une majeure partie des pays européens, la volonté indispensable de commencer par redéfinir les contours de ce qui est permis (ou pas) dans le système capitaliste (moralisation, paradis fiscaux, etc.) avant d'investir le moindre euro... Et enfin sous un troisième aspect, l'appel au secours des pays émergeants qui voient actuellement leurs économies internes s'effondrer avec la diminution de la demandes en consommation dans les pays "riches". L'approche est bien différente et trouver un terrain d'entente dans ces conditions nécessitera beaucoup de diplomatie et d'écoute réciproque. Et assurément des compromis difficiles mais salutaires.

Observé par le petit bout de la lorgnette européenne, on peut amèrement regretter que dans ces discussion, l'Europe ne parle pas d'une seule voie, face en particulier aux Etats-Unis, qui, eux, le feront, et qui plus est, par le bouche du tout nouveau et très médiatique président Obama. Cette capacité européenne à rester unis et solidaires (ou au contraire à s'exprimer dans la cacophonie pour des intérêts nationaux et divergeants) sera sans doute la clé qui permettra (ou non) de sortir positivement de ce sommet. On ne peut s'empêcher de regretter le risque pris à ne pas disposer d'un outil politique unifié. Nous le dénoncions déjà pour la cohérence de conduite des finances (et en particulier dans la zone euro, dotée d'une unique monnaie). On doit encore plus amèrement le dénoncer lorsque la prospérité économique mondiale (voire la paix) est en jeux, comme cela pourrait être le cas demain ou dans un proche avenir, en cas de désaccord.