04.03.2009
> Europe : Endettement public ou dévaluation ?
La présentation d'un projet de loi de finances rectificatives intégrant la récession constitue un des points importants du conseil des ministres de ce matin. Concrètement, il s'agit de tenir compte des prévisions concernant le PIB pour 2009, à savoir une baisse de 1,5 %. Il en résulte une explosion du déficit public de la France, qui, pour la seule année 2009, s'évalue donc à 5,5 % du PIB, soit environ 100 milliards d'euros. Il faut remonter à 1995 pour retrouver de tels montants. Rappelons que cela nous situe bien au-delà des règles européennes depuis l'entrée en vigueur de la monnaie unique, puisque les déficits publics sont théoriquement limités à 3 % dans chaque pays de la "zone euro"...
Si on observe les exemples passés à l'échelle d'un pays de situations de crise, on peut par exemple citer le cas du Japon dans les années 90 : ce pays a vu sa dette publique tripler. Plus grave, celle-ci ne s'est jamais résorbée depuis...
On peut donc (malheureusement !) imaginer aisément les perspectives pour sortir notre pays de la crise et la situation qui en résultera ensuite : tout pays traversé par une crise en ressort plus pauvre qu'il n'y est entré. Il n'y a pas de miracle en économie. À partir de là, il y a 2 solutions exhaustives ou panachées :
- la première (que nous utilisons actuellement) consiste à ne pas nous appauvrir au-delà des seuls choix budgétaires, en autorisant notre pays à emprunter de l'argent qu'il devra donc ultérieurement rembourser avec des intérêts. Dit plus simplement, il s'agit là d'endetter davantage nos enfants pour résoudre nos propres problèmes, en continuant à faire comme si tout allait bien ou presque...
- la seconde en vigueur dans de nombreux pays par le passé (dont la France) consiste à payer "cash" pour tenir le choc : dévaloriser la monnaie en lui attribuant moins de valeur immédiatement. Cela a pour conséquence d'appauvrir les populations (et en particulier les plus démunies), car le peu d'argent qu'elles avaient ne vaut plus rien ou si peu. Dit plus simplement, cette solution consiste à se serrer la ceinture sans attendre.
La question qui se pose est donc de s'interroger sur la moins pire des solutions. Si on se plonge quelque décennies en arrière, on constate aisément qu'il y avait fréquemment des dévaluations en France. Autrement dit, l'ajustement entre la réalité économique d'un pays et la valeur des richesses possédées par chacun s'effectuait fréquemment pour éviter des écarts insurmontables. Avec l'emprunt à intérêts autorisé pour les états, sans véritable volonté politique toujours difficile à mettre en oeuvre dans un contexte de crise, l'écart va croissant sans ajustement régulier. Mais lorsqu'ajustement il y a, alors c'est un véritable drame séculaire.
Avec la dévaluation, se pose la question de l'investissement à long terme : personne ne sachant réellement quelle sera la valeur de l'argent 10 ans plus tard, tout investissement lourd amorti sur une période au moins décennale est un véritable coup de poker. Alors que dans un système économique tel que nous le connaissons actuellement, les données sont à peu près lisibles... pour peu que la fameuse crise séculaire ne survienne pas.
Avec la dévaluation chacun a conscience régulièrement de sa modeste richesse et ne vit pas au-dessus de ses moyens durant des lustres sans prise de conscience. Le revers de cette méthode est que chacun hésite davantage à investir (est donc être acteur du développement économique). On comprend que dans notre système économique actuel, l'enrichissement augmente beaucoup plus vite puisque reposant sur une confiance absolue (qui n'est malheureusement que virtuel). Chacun dans la vie de tous les jours se doit régulièrement de faire ce type de choix : doit-on monter à l'échelle sans se préoccuper de la stabilité de la base, ou au contraire ne lâcher un barreau que lorsqu'on est assuré que le suivant est bien arrimé ?...
Aujourd'hui, en France, le choix n'est pas aussi simple puisque nous sommes dans un système lié avec d'autres pays. Certes, l'euro est une monnaie forte. Mais nous en payons aussi le prix fort aujourd'hui lorsque nous endettons davantage notre pays (et donc nous-mêmes ou nos descendants). Se pose donc inévitablement à ce stade la problématique d'une véritable gouvernance politique pour impulser les choix économiques au niveau de l'Europe. Car dévaluer aujourd'hui avec l'euro comme monnaie pose un problème d'équilibre entre les différents pays composant la zone. On peut donc s'interroger à terme si la réponse politique à la crise économique ne sera pas une réflexion sur l'accélération vers une Europe fédérale des régions. D'autant qu'un tel choix présenterait également l'avantage de renforcer le poids de l'Europe dans le monde (et donc la confiance pour les investisseurs), puisqu'ayant à l'image d'autres fédérations (comme les États-Unis), un seul dirigeant ou une seule équipe de dirigeants s'exprimant et agissant au nom de l'ensemble. Et sans parler de la moindre concurrence "interne", voire de certaines économies d'échelles, comme dans le secteur de la défense... A quelques mois du scrutin européen, la question n'a jamais autant été d'actualité...
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