23.02.2009
> Politique : Où va le centre ?
Au soir du premier tour de l'élection présidentielle de 2007, François Bayrou l'avait affirmé : "on ne fera plus jamais de la politique comme avant dans notre pays", promettant une grande initiative pour transformer l'essai d'une superbe campagne présidentielle le plaçant en 3è position à plus de 18% des suffrages. Les électeurs traditionnels ont compris que le centre allait se renforcer pour devenir plus indépendant. Les nouveaux électeurs ont compris qu'il allait s'élargir pour rassembler plus largement que sur la seule "tranche" du centre-droit, créneau traditionnel de l'UDF. Les 2 n'étant pas forcément incompatibles d'ailleurs.
Et puis l'homme s'est laissé emporter par un égo probablement surdimensionné, doublé d'une intime conviction d'avoir un destin national, voire au delà... Il a rencontré Ségolène Royal, faussant le discours d'indépendance. Il a lancé dans la foulé le concept vague du MoDem, en pleines légilsatives, déstabilisant les électeurs et les élus. Elus qui, pour sauver leur siège (et les alliances traditionnelles), ont lancé à leur tour le Nouveau Centre... Premiers accrocs à la grande alliance centriste indépendante promise... S'en suivent depuis désillusions et surtout démissions. Y compris maintenant parmi les nouveaux venus de 2007, Quitterie Delmas étant le symbol de cet espoir déçu...
Quelle est aujourd'hui la photographie du centre, à quelques mois du scrutin européen ? D'un côté le MoDem comptant de moins en moins d'adhérents, et penchant de plus en plus à gauche, surtout depuis que Ségolène Royal tente un "retour à la maison" PS. De l'autre, le Nouveau Centre essaye de récupérer les centristes de droite, mais ne parvient pas à présenter seul des listes pour les européennes. Sans oublier quelques initiatives plus ou moins personnelles comme celle de Jean Arthuis, via "Rassembler les Centristes" qui récupère les déçus, mais n'a pas, à ce jour de véritable projet innovant autre que le retour aux anciens clivages.
Quelle analyse aujourd'hui ? Celle-ci est simple et limpide : La démarche de François Bayrou est clairement vouée à l'échec, se déliquant jour après jour, à l'inverse du concept de rassemblement initialement érigé en principe. Le "3è homme" tient un discours de moins en moins audible, parfois incohérent, et sans ligne claire en dehors de la seule critique de l'exercice présidentiel de Nicolas Sarkozy. Sa seule stratégie est de tout miser sur le scrutin présidentiel de 2012... En oubliant que l'action politique dans notre pays n'est pas tant l'affaire du président que celle du parlement... Et sans majorité parlementaire, pas de déclinaison concrète du programme... Si on prend la seule situation vosgienne, parler de majorité parlementaire revient à envisager la victoire législative dans 2 circonscriptions (sur 4 que compte notre département)... On ne voit pas vraiment lesquelles seraient aujourd'hui en mesure de remporter la mise, loin s'en faut...
Quant aux autres démarches (Nouveau Centre ou Rassembler les Centristes) ne sont avant tout des réactions face à cet échec annoncé. Pas non plus là matière à construire un projet ou un espoir viable, en tout cas dans le rapport de force actuel.
Pour peu que la réflexion soit objective, on ne peut que constater l'avortement prévisible de la tentative de construction d'une 3è force centriste rassemblée en France aujourd'hui, basée sur la seule personnalité de François Bayrou, prétendant donner la leçon à chacun et savoir sans débat ce qui est "juste et bon" pour le citoyen et le pays, écartant jour après jour toute opposition autour de lui. Le constat est d'autant plus douloureux que 2007 a montré que cette perspective est pourtant réaliste : un électorat lassé des clivages traditionnels existe et ne demande qu'à s'inscrire dans la démarche. Mais de la même manière qu'un Barak Obama a su créer une nouvelle dynamique démocrate aux Etats-Unis, seul un personnage neuf pourrait créer les conditions de ce grand rassemblement, et incarner ces pratiques politiques nouvelles. Car n'ayant pas à subir l'impact doublement négatif d'une image déjà écornée en encrée par les décennies de pratiques précédant l'avènement, ni des perceptions affectives des uns et des autres liées à ces pratiques.
Que faire dans ce contexte ? Il est de plus en plus palpable qu'à l'échelon national l'opportunité issue de 2007 est aujourd'hui échouée. Un vrai rendez-vous manqué... Il est probable que les égos des uns et des autres empêcheront tout boulversement stratégique et surtout humain d'ici 2012, puisque c'est le rendez-vous (encore) attendu et martelé par François Bayrou. Par contre au niveau local, il n'est pas trop tôt pour initier des démarches vraiment démocratiques, en dehors des partis. Histoire, là aussi de ne pas s'embourber dans d'irréversibles clivages ultérieurs. Et puis, au fond, n'est-ce pas d'abord et avant tout cela l'action politique : une démarche quotidienne, de proximité, pour réflechir et anticiper les attentes de nos concitoyens, dans l'intérêt du plus grand nombre et de chacun, au mieux du difficile contexte économique actuel bien plus préoccupant que les problèmes de personnalités surmédiatisées et persuadées d'être les sauveurs du pays ?...
08:37 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note




Commentaires
C'est un constat hélas bien réel. La marche a été manquée. Preuve que la véritable politique celle qui se doit d'être au service du citoyen et non des dogmes, ne pourra être efficace qu'en dehors des appareils traditionnels et de leurs apparatchiks.
Les élections européennes aurait pu être le renouveau du centrisme, or après celle des présidentielles, c’est une nouvelle marche que nous manquons. En gros ma conclusion c'est qu'il est grand temps que les élus nationaux centristes se réveillent, nos députes et sénateurs (UDF,MODEM, RADICAUX, NC...), prennent leur distance avec l'UMP et les autres appareils, et tracent enfin une véritable troisième voie, celle qu'attendent, je le crois, avec impatience les Français.
F.Bayrou récupérera peut être quelques élus européens, mais si il est élu en 2012, il paiera très cher l'absence de travail de terrain qui se traduira par un vide de candidats aux législatives de valeur, comment gouverner sans députés...
Ecrit par : J.Charles | 23.02.2009
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