10.02.2009
> Crise sociale dans les DOM : plus proche de nous qu'il n'y paraît...
La crise sociale, qui couve et paralyse la Guadeloupe depuis plusieurs semaines maintenant, commence à faire tache d'huile et provoquer des mouvements sociaux en Martinique et en Guyane. Si les médias en charge de l'information dans notre métropole évoquent plus longuement la tempête locale que ces mouvements sociaux, c'est probablement en raison de l'éloignement géographique.
Mais ne nous y trompons pas, ces événements ne sont pas si éloignés de nous que cela. Pour preuve les 133 demandes déposées par le collectif "Liyannaj Kont Pwofitasyon" (Collectif contre l'exploitation outrancière), à l'origine de la grève générale qui paralyse la Guadeloupe depuis trois semaines, et qui réclament "contre la vie chère", entre autres, une augmentation de 200 euros nets pour les bas salaires qui bénéficierait à 45 000 personnes sur l'île.
Si le gouvernement en la personne du secrétaire d'État à l'outre-mer Yves Jégo s'est précipité sur place pour résoudre ce conflit, c'est qu'il ne tient pas à donner l'exemple du pourrissement d'une situation, et de l'incapacité de l'État à gérer la difficulté des concitoyens, dans une période où le président Sarkozy est plutôt à la peine pour mener les affaires du pays et nous convaincre du bien-fondé de sa démarche.
Certes, tout n'est pas rose dans la gestion de ce conflit. Et en premier lieu le double aller et retour entre la métropole et les Antilles de ce même secrétaire d'État, quittant l'île précipitamment et discrètement pour venir prendre les ordres à Matignon. Il n'en demeure pas moins que la mobilisation massive de la population dans ce conflit, de toute corporation, publique ou privée, démontre qu'il ne faut pas prendre à la légère les baisses de pouvoir d'achat non résolues jusque-là.
Car c'est bien de cela dont il s'agit, du pouvoir d'achat. La crise mondiale que nous traversons menace l'emploi, les salaires et les recettes en général. Comme à chaque fois dans de telles circonstances, ce sont les plus faibles, les plus isolés, les plus âgés aussi qui en subissent le plus durement et durablement les effets négatifs. Pour peu que les laissés-pour-compte voient leur nombre augmenter de façon relativement importante et sur des longues durées, les prémices d'un soulèvement social ne sont pas complètement écartées.
Le président français doit probablement observer très attentivement l'évolution de ce dossier brûlant, craignant après les fortes manifestations réussies en janvier que cet exemple ultra-marin ne serve d'étincelles à une poudrière qui pourrait prendre rapidement, faute de perspectives heureuses à court terme.
Plus que tout, et au-delà des solutions, c'est l'exemplarité de ceux qui donnent la leçon qui sera jugée. Personne n'est complètement aveugle ou sourd dans cette crise. Chacun comprend que le moment est grave et que la situation économique est peu reluisante. Il faudra se retrousser les manches et travailler ensemble pour s'en sortir. Cela signifie que tout le monde devra se mettre à l'oeuvre et pas seulement quelques-uns pendant que d'autres continuent à observer et à vivre comme si de rien n'était. En particulier, il appartient à la "nomenclatura", qui détient aujourd'hui le pouvoir politico-financier, d'accepter de revoir à la baisse ses salaires, gratifications et rémunérations diverses. Comment expliquer à un retraité qu'il doit vivre avec moins de 700 € par mois quand celui qui explique en touche 10 fois plus, voire davantage...
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