01.04.2009
> G20 : un sommet à hauts risques
Dans la crise mondiale actuelle, comme dans toute situation difficile, rien n'est blanc, rien n'est noir, mais au contraire tout est humain et contrasté : certaines grandes entreprises profitent de l'opportunité pour licencier alors que des profits sont dégagés. Certains dirigeants de PME peinent à pouvoir sortir leur propre rémunération, faute de trésorerie, en raison d'un cahier de commande très léger, voire désepérement vide. Et pourtant, l'immédiateté médiatico-politique voudrait qu'on résume en quelques mots ce grand écart des situations, raccourcis toujours encleins à faciliter, pour le commun des mortels, la désignation d'un bouc émissaire responsable de tous nos maux : le "grand patron", la bourse, les paradis fiscaux, le capitalisme, les banques, etc.
Loin de nous l'idée de tomber dans le piège inverse de la défense aveugle de ces acteurs économique. Il s'agit plutôt de replacer la réalité à sa juste place et de "calmer le jeu" qui prend visiblement en ce moment des tournures de plus en plus radicales, au fur et à mesure qu'on s'enfonce dans la crise : les prises d'otage de chefs d'entreprises se multiplient et se banalisent de façon inquiétante. Les manifestations pour traiter socialement la crise rencontrent une écoute croissante. Le chômage et la précarité augmentent, etc. Il y a là des facteurs de risque d'embrasement social non négligeables et surtout qui vont crescendo. Il faut bien dire qu'avec la médiatisation des bonus de quelques profiteurs coupés des réalités des "masses besogneuses", l'amalgame est aisé et le calcul rapide : à chaque fois qu'un "grand patron" engrange un bonus d'un million d'euros, il prive l'entreprise d'un peu plus de 83 années d'un salaire au SMIG. Si on se base sur une vie professionnelle d'une durée d'un peu plus de 40 ans, on peut donc dire qu'à moyen constant, l'entreprise fait donc (ou non) le choix de "récompenser" un patron à un moment donné, ou au contraire de se doter de moyens d'activité et de production de 2 salariés au SMIG sur toute une carrière... C'est loin d'être anodin... Et en période d'envolée des licenciements économiques, c'est forcément incompréhensible et injuste.
C'est dans ce contexte où les craintes et les exaspérations s'expriment de plus en plus vigoureusement que doit se tenir demain, à Londres, le sommet du G20. Hasard de l'Histoire, c'est à Londres également qu'en 1933 s'étaient réunis les chefs d'états et de pays pour tenter de donner une impulsion économique commune pour endiguer la crise de 1929... Réunion alors soldée par un cuisant constat d'incapacité à oeuvrer ensemble... On connait les conséquences de cet isolement des nations quelques années plus tard... Gageons que la rencontre de demain trouvera une issue plus positive et que nous n'assisterons pas à un dangereux bégaiement de l'histoire...
Il faut bien comprendre que rien n'est aujourd'hui acquis et que les risques de mésentante sont présents : d'un côté les Etats-Unis qui souhaiteraient une relance plus rapide par l'augmentation de la dette de chaque pays, comme ils l'opèrent chez eux. D'un autre côté, pour une majeure partie des pays européens, la volonté indispensable de commencer par redéfinir les contours de ce qui est permis (ou pas) dans le système capitaliste (moralisation, paradis fiscaux, etc.) avant d'investir le moindre euro... Et enfin sous un troisième aspect, l'appel au secours des pays émergeants qui voient actuellement leurs économies internes s'effondrer avec la diminution de la demandes en consommation dans les pays "riches". L'approche est bien différente et trouver un terrain d'entente dans ces conditions nécessitera beaucoup de diplomatie et d'écoute réciproque. Et assurément des compromis difficiles mais salutaires.
Observé par le petit bout de la lorgnette européenne, on peut amèrement regretter que dans ces discussion, l'Europe ne parle pas d'une seule voie, face en particulier aux Etats-Unis, qui, eux, le feront, et qui plus est, par le bouche du tout nouveau et très médiatique président Obama. Cette capacité européenne à rester unis et solidaires (ou au contraire à s'exprimer dans la cacophonie pour des intérêts nationaux et divergeants) sera sans doute la clé qui permettra (ou non) de sortir positivement de ce sommet. On ne peut s'empêcher de regretter le risque pris à ne pas disposer d'un outil politique unifié. Nous le dénoncions déjà pour la cohérence de conduite des finances (et en particulier dans la zone euro, dotée d'une unique monnaie). On doit encore plus amèrement le dénoncer lorsque la prospérité économique mondiale (voire la paix) est en jeux, comme cela pourrait être le cas demain ou dans un proche avenir, en cas de désaccord.
12:09 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
04.03.2009
> Europe : Endettement public ou dévaluation ?
La présentation d'un projet de loi de finances rectificatives intégrant la récession constitue un des points importants du conseil des ministres de ce matin. Concrètement, il s'agit de tenir compte des prévisions concernant le PIB pour 2009, à savoir une baisse de 1,5 %. Il en résulte une explosion du déficit public de la France, qui, pour la seule année 2009, s'évalue donc à 5,5 % du PIB, soit environ 100 milliards d'euros. Il faut remonter à 1995 pour retrouver de tels montants. Rappelons que cela nous situe bien au-delà des règles européennes depuis l'entrée en vigueur de la monnaie unique, puisque les déficits publics sont théoriquement limités à 3 % dans chaque pays de la "zone euro"...
Si on observe les exemples passés à l'échelle d'un pays de situations de crise, on peut par exemple citer le cas du Japon dans les années 90 : ce pays a vu sa dette publique tripler. Plus grave, celle-ci ne s'est jamais résorbée depuis...
On peut donc (malheureusement !) imaginer aisément les perspectives pour sortir notre pays de la crise et la situation qui en résultera ensuite : tout pays traversé par une crise en ressort plus pauvre qu'il n'y est entré. Il n'y a pas de miracle en économie. À partir de là, il y a 2 solutions exhaustives ou panachées :
- la première (que nous utilisons actuellement) consiste à ne pas nous appauvrir au-delà des seuls choix budgétaires, en autorisant notre pays à emprunter de l'argent qu'il devra donc ultérieurement rembourser avec des intérêts. Dit plus simplement, il s'agit là d'endetter davantage nos enfants pour résoudre nos propres problèmes, en continuant à faire comme si tout allait bien ou presque...
- la seconde en vigueur dans de nombreux pays par le passé (dont la France) consiste à payer "cash" pour tenir le choc : dévaloriser la monnaie en lui attribuant moins de valeur immédiatement. Cela a pour conséquence d'appauvrir les populations (et en particulier les plus démunies), car le peu d'argent qu'elles avaient ne vaut plus rien ou si peu. Dit plus simplement, cette solution consiste à se serrer la ceinture sans attendre.
La question qui se pose est donc de s'interroger sur la moins pire des solutions. Si on se plonge quelque décennies en arrière, on constate aisément qu'il y avait fréquemment des dévaluations en France. Autrement dit, l'ajustement entre la réalité économique d'un pays et la valeur des richesses possédées par chacun s'effectuait fréquemment pour éviter des écarts insurmontables. Avec l'emprunt à intérêts autorisé pour les états, sans véritable volonté politique toujours difficile à mettre en oeuvre dans un contexte de crise, l'écart va croissant sans ajustement régulier. Mais lorsqu'ajustement il y a, alors c'est un véritable drame séculaire.
Avec la dévaluation, se pose la question de l'investissement à long terme : personne ne sachant réellement quelle sera la valeur de l'argent 10 ans plus tard, tout investissement lourd amorti sur une période au moins décennale est un véritable coup de poker. Alors que dans un système économique tel que nous le connaissons actuellement, les données sont à peu près lisibles... pour peu que la fameuse crise séculaire ne survienne pas.
Avec la dévaluation chacun a conscience régulièrement de sa modeste richesse et ne vit pas au-dessus de ses moyens durant des lustres sans prise de conscience. Le revers de cette méthode est que chacun hésite davantage à investir (est donc être acteur du développement économique). On comprend que dans notre système économique actuel, l'enrichissement augmente beaucoup plus vite puisque reposant sur une confiance absolue (qui n'est malheureusement que virtuel). Chacun dans la vie de tous les jours se doit régulièrement de faire ce type de choix : doit-on monter à l'échelle sans se préoccuper de la stabilité de la base, ou au contraire ne lâcher un barreau que lorsqu'on est assuré que le suivant est bien arrimé ?...
Aujourd'hui, en France, le choix n'est pas aussi simple puisque nous sommes dans un système lié avec d'autres pays. Certes, l'euro est une monnaie forte. Mais nous en payons aussi le prix fort aujourd'hui lorsque nous endettons davantage notre pays (et donc nous-mêmes ou nos descendants). Se pose donc inévitablement à ce stade la problématique d'une véritable gouvernance politique pour impulser les choix économiques au niveau de l'Europe. Car dévaluer aujourd'hui avec l'euro comme monnaie pose un problème d'équilibre entre les différents pays composant la zone. On peut donc s'interroger à terme si la réponse politique à la crise économique ne sera pas une réflexion sur l'accélération vers une Europe fédérale des régions. D'autant qu'un tel choix présenterait également l'avantage de renforcer le poids de l'Europe dans le monde (et donc la confiance pour les investisseurs), puisqu'ayant à l'image d'autres fédérations (comme les États-Unis), un seul dirigeant ou une seule équipe de dirigeants s'exprimant et agissant au nom de l'ensemble. Et sans parler de la moindre concurrence "interne", voire de certaines économies d'échelles, comme dans le secteur de la défense... A quelques mois du scrutin européen, la question n'a jamais autant été d'actualité...
16:12 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
25.02.2009
> Pétition timbre NISEI
Une campagne pour la création d’un timbre de la poste américaine est en activité. Merci de vous pencher sur le destin hors du commun de ces hommes et de signer la pétition en ligne pour que l’histoire ne meure pas.
Nous vous invitons à prendre connaissance dans le détail des éléments historiques en téléchargeant le document PDF ci-dessous
--> http://localhostr.com/files/054685/Ptition%20timbre%20Nis...
Nous vous invitons également à signer la pétition en ligne
--> http://www.ipetitions.com/petition/Nisei_Stamp/index.html
16:05 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
23.02.2009
> Politique : Où va le centre ?
Au soir du premier tour de l'élection présidentielle de 2007, François Bayrou l'avait affirmé : "on ne fera plus jamais de la politique comme avant dans notre pays", promettant une grande initiative pour transformer l'essai d'une superbe campagne présidentielle le plaçant en 3è position à plus de 18% des suffrages. Les électeurs traditionnels ont compris que le centre allait se renforcer pour devenir plus indépendant. Les nouveaux électeurs ont compris qu'il allait s'élargir pour rassembler plus largement que sur la seule "tranche" du centre-droit, créneau traditionnel de l'UDF. Les 2 n'étant pas forcément incompatibles d'ailleurs.
Et puis l'homme s'est laissé emporter par un égo probablement surdimensionné, doublé d'une intime conviction d'avoir un destin national, voire au delà... Il a rencontré Ségolène Royal, faussant le discours d'indépendance. Il a lancé dans la foulé le concept vague du MoDem, en pleines légilsatives, déstabilisant les électeurs et les élus. Elus qui, pour sauver leur siège (et les alliances traditionnelles), ont lancé à leur tour le Nouveau Centre... Premiers accrocs à la grande alliance centriste indépendante promise... S'en suivent depuis désillusions et surtout démissions. Y compris maintenant parmi les nouveaux venus de 2007, Quitterie Delmas étant le symbol de cet espoir déçu...
Quelle est aujourd'hui la photographie du centre, à quelques mois du scrutin européen ? D'un côté le MoDem comptant de moins en moins d'adhérents, et penchant de plus en plus à gauche, surtout depuis que Ségolène Royal tente un "retour à la maison" PS. De l'autre, le Nouveau Centre essaye de récupérer les centristes de droite, mais ne parvient pas à présenter seul des listes pour les européennes. Sans oublier quelques initiatives plus ou moins personnelles comme celle de Jean Arthuis, via "Rassembler les Centristes" qui récupère les déçus, mais n'a pas, à ce jour de véritable projet innovant autre que le retour aux anciens clivages.
Quelle analyse aujourd'hui ? Celle-ci est simple et limpide : La démarche de François Bayrou est clairement vouée à l'échec, se déliquant jour après jour, à l'inverse du concept de rassemblement initialement érigé en principe. Le "3è homme" tient un discours de moins en moins audible, parfois incohérent, et sans ligne claire en dehors de la seule critique de l'exercice présidentiel de Nicolas Sarkozy. Sa seule stratégie est de tout miser sur le scrutin présidentiel de 2012... En oubliant que l'action politique dans notre pays n'est pas tant l'affaire du président que celle du parlement... Et sans majorité parlementaire, pas de déclinaison concrète du programme... Si on prend la seule situation vosgienne, parler de majorité parlementaire revient à envisager la victoire législative dans 2 circonscriptions (sur 4 que compte notre département)... On ne voit pas vraiment lesquelles seraient aujourd'hui en mesure de remporter la mise, loin s'en faut...
Quant aux autres démarches (Nouveau Centre ou Rassembler les Centristes) ne sont avant tout des réactions face à cet échec annoncé. Pas non plus là matière à construire un projet ou un espoir viable, en tout cas dans le rapport de force actuel.
Pour peu que la réflexion soit objective, on ne peut que constater l'avortement prévisible de la tentative de construction d'une 3è force centriste rassemblée en France aujourd'hui, basée sur la seule personnalité de François Bayrou, prétendant donner la leçon à chacun et savoir sans débat ce qui est "juste et bon" pour le citoyen et le pays, écartant jour après jour toute opposition autour de lui. Le constat est d'autant plus douloureux que 2007 a montré que cette perspective est pourtant réaliste : un électorat lassé des clivages traditionnels existe et ne demande qu'à s'inscrire dans la démarche. Mais de la même manière qu'un Barak Obama a su créer une nouvelle dynamique démocrate aux Etats-Unis, seul un personnage neuf pourrait créer les conditions de ce grand rassemblement, et incarner ces pratiques politiques nouvelles. Car n'ayant pas à subir l'impact doublement négatif d'une image déjà écornée en encrée par les décennies de pratiques précédant l'avènement, ni des perceptions affectives des uns et des autres liées à ces pratiques.
Que faire dans ce contexte ? Il est de plus en plus palpable qu'à l'échelon national l'opportunité issue de 2007 est aujourd'hui échouée. Un vrai rendez-vous manqué... Il est probable que les égos des uns et des autres empêcheront tout boulversement stratégique et surtout humain d'ici 2012, puisque c'est le rendez-vous (encore) attendu et martelé par François Bayrou. Par contre au niveau local, il n'est pas trop tôt pour initier des démarches vraiment démocratiques, en dehors des partis. Histoire, là aussi de ne pas s'embourber dans d'irréversibles clivages ultérieurs. Et puis, au fond, n'est-ce pas d'abord et avant tout cela l'action politique : une démarche quotidienne, de proximité, pour réflechir et anticiper les attentes de nos concitoyens, dans l'intérêt du plus grand nombre et de chacun, au mieux du difficile contexte économique actuel bien plus préoccupant que les problèmes de personnalités surmédiatisées et persuadées d'être les sauveurs du pays ?...
08:37 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
19.02.2009
> Sommet social : quelques miettes pour les plus bas revenus
La montagne a accouché d'une souris... C'est le sentiment qui prévaut après le marathon médiatique de ce mercredi 18 février... Tout le monde (ou presque) savait depuis le matin quelles seraient les pistes et les moyens que le chef d'état allait proposer à la réflexion des partenaires sociaux conviés pour l'occasion à l'Elysée. Pas de grande surprise, puisque Nicolas Sarkozy l'avait dit et répété depuis plusieurs semaines : la relance française se fera pas l'investissement et non pas par la consommation. Il ne fallait donc pas s'attendre à une révolution sociale, mais bien à une série de mesurettes pour acheter un peu de confiance auprès des plus touchés par la crise, et surtout sans dépenser l'argent que l'Etat n'a pas (moins de 3 milliards d'euros).
Plutôt que résumer les différentes facettes des propositions présidentielles du jour, un lien qui reprend de façon très complète les différentes suggestions :
--> http://www.lepoint.fr/actualites-economie/les-mesures-sociales-de-nicolas-sarkozy-pour-lutter-contre-la/916/0/318391
COMMENTAIRES
On peut se réjouir de l'évolution positive du choix de Nicolas Sarkozy de "lâcher un peu de lest". N'oublions pas néanmoins qu'il ne s'agit que de mesures ponctuelles, qui ne seront probablement pas renouvelées. C'est le premier aspect d'ensemble.
Ensuite, se pose la question de l'attitude syndicale. Une nouvelle journée de mobilisation est prévue le 19 mars prochain. Visiblement, l'opposition "frontale" (et le rapport de force qui l'accompagne) pour défendre l'idée d'une relance plus socialement équilibrée se met en place : après le plan de relance par l'investissement, c'est un plan de relance à peu près équivalent (et pas 10 fois moindre) que "la rue" tentera de réclamer. Il s'agit clairement d'un choix politique majeur, car si la relance par l'investissement permet d'acquérir des actifs (infrastructures, réseaux de communications, etc.), la relance par la consommation, sans cette utilisée depuis plusieurs décennies dans notre pays ne contribue qu'à creuser un peu plus les déficits publics... Souvenons nous qu'en 1980, la dette de l'entreprise "France" ne représentait que 21% de son PIB... A cela s'ajoute le fait que l'Etat pouvait alors emprunter gratuitement (autrement dit, faire "marcher la planche à billets"). Cela dévalorisait certes dans l'immédiat la valeur de l'argent, mais à terme évitait d'avoir à rembourser "plus tard" un endettement sans cesse croissant. Quelques part, la question n'est pas tellement de vouloir un endettement "zéro", mais de limiter celui-ci à un taux "raisonnable" qui permette à la fois l'investissement chaque année et aussi des marges de maneouvre en cas de coup dur comme nous le vivons actuellement... Soyons clairs : la France (et les français) ont probablement vécu "au dessus de leurs moyens" pendant plusieurs décennies (en 1985, la dette franchissant les 30% du PIB). Le retour à la réalité est aujourd'hui bien difficile et si on veut commencer à se préoccuper de "retomber sur terre" plutôt que surrenchérir dans l'illusion, et franchir un cap de non retour.
Concernant les conditions des mesures proposées (on peut d'ailleurs formuler un commentaire similaire à propos du plan de relance par l'investissement), on peut s'interroger sur la volonté de l'Etat d'avoir véritablement un regard sur l'utilisation de notre argent. Plutôt que fournir sans condition des chèques emploi service, plutôt que supprimer des tiers d'impôt sur le revenu, plutôt que verser 500 euros aux chomeurs, etc. n'est-il jamais envisageable dans notre pays de proposer cet argent contre un service ?... Ne peut-on pas espérer un jour que les entreprises (publiques ou privées) pourront voir mis à disposition des gens ayant des compétences mais ne trouvant pas d'emploi et qui bénéficient de prestations sociales ? Ne peut-on pas réfléchir à des aides individuelles de proximité, auprès de personnes âgées ou souffrant de handicaps (portage de repas, courses diverses, etc.) contre l'effort national consenti de ne pas laisser chacun sans ressource ?... Bref, une véritable politique redonnant un sens à tout investissement individuel : tout travail ne mérite-t-il pas salaire... et réciproquement ?...
Enfin, n'oublions pas les plus basses retraites qui ne seront probablement que peu touchées par ces mesurettes sociales. Aujourd'hui une proportion non négligeable de la population de plus de 70 ans vit avec moins de 700 euros par mois, bien que ces personnes aient oeuvré toute leur vie. Et une partie non négligeable de celles-ci voient s'accroître leurs besoins en soins, voire deviennent dépendantes. Ce qui a un coût. Elles sont probablement les oubliées de la journée sociale d'hier...
12:55 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
16.02.2009
> Vosges : quels atouts face à la crise ?
La réflexion et la concertation menées par le conseil général, dans le cadre de la préparation du "nouveau plan Vosges 2009/2012", placé dans la perspective "Horizon 2020" permettent de prendre connaissance de la situation socio-économique vosgienne et d'entrevoir les forces et faiblesses de notre département.
DEMOGRAPHIE
Avec 65 habitants par km2, nous sommes bien loin de la moyenne nationale (113 habitants / km2). Depuis 1980, la population vosgienne totale est quasiment stable, mais vieillissante. Près d'un vosgien (natif) sur 5 ne vit plus dans le département une fois passé l'âge adulte. Notre département devra donc à la fois faire face à une diminution des actifs et à un nécessaire besoin d'augmentation des services et équipements d'accueil pour les personnes âgées et dépendantes.
La répartition n'est pas homogène sur l'ensemble du département, puisque la vallée de la Moselle concentre l'essentiel de l'activité humaine. L'Est du département bénéficie de l'attractivité alsacienne. C'est donc bien l'Ouest vosgien qui est le plus mal loti.
ECONOMIE
Les Vosges sont le premier département industriel de France (un tiers de l'activité dans le secteur secondaire contre 22 % en moyenne nationale). Le tissu des entreprises est constitué essentiellement de très petites entreprises (42 % de nos industries). Les entreprises sont essentiellement tournées vers quelques secteurs forts : agroalimentaire, bois, papier et textile. La faible taille des entreprises implique un nombre restreint d'emplois hautement qualifiés. Ceci rejoint la problématique des jeunes qui peinent à rester dans notre département.
Les services et le tourisme progressent. Le commerce offre 18,3 % des emplois salariés du secteur tertiaire (17,5 % en moyenne nationale). La densité commerciale pour le détail alimentaire est la plus importante de France (1,5 fois supérieure à la moyenne nationale). Par sa diversité géographique, les Vosges présentent plusieurs type d'espaces touristiques : montagnard, rural, urbain, balnéaire. Le tourisme représente 12 000 emplois. L'hébergement et varié mais encore insuffisant, compte tenu de l'attractivité touristique constatée : à lui seul notre département a quasiment autant de nuitées que les trois autres départements lorrains cumulés. Il y a en moyenne 25 000 touristes présents en permanence dans notre département (4è position des départements du Nord de la France).
Le secteur agricole reste dynamique (3,8 % des emplois), même si les types d'agricultures sont hétérogènes, compte tenu des différences géographiques.
Enfin, notre département occupe la troisième place en production nationale forestière (première place pour la production globale de bois d'oeuvre feuillus et résineux). La forêt occupe quasiment la moitié de notre territoire. Pour ce qui concerne la transformation du bois, nous ne sommes qu'au 10e rang national (hors papeterie).
FORMATION
Les jeunes vosgiens sont un peu moins qualifiés en moyenne que dans les autres départements : 42,5 % des jeunes de 19 à 24 ans poursuivent des études (56,3 % en moyenne nationale). En conséquence, l'employabilité est moins bonne qu'ailleurs, en particulier en milieu rural. Ceci se cumule parfois également avec des problèmes de mobilité, en fonction de l'aménagement local et du désenclavement du territoire.
REVENUS
Depuis 2000, le revenu moyen des foyers vosgiens a progressé de plus de 16 % (rythme comparable à la moyenne nationale). Aujourd'hui les foyers vosgiens ont un revenu moyen de 19 236 € (21 375 € en France). C'est donc un peu moins que la moyenne nationale. Le nombre de foyers fiscaux imposables est également un peu moins important qu'en moyenne nationale (49,15 % pour les Vosges contre 53,6 % en France).
Les salaires moyens dans notre département sont également un peu plus faibles que la moyenne nationale : 10,62 euros horaire net (contre 12,30 € en moyenne nationale). Ceci est en cohérence avec le type d'emplois offerts localement : les emplois hautement qualifiés (et donc mieux rémunérés) étant proportionnellement moins nombreux chez nous qu'ailleurs, le salaire moyen s'en ressent.
Fin 2007, notre département comptait 5267 allocataires du RMI, soit environ 3 % de la population départementale. Ce taux est inférieur à la moyenne nationale (3,5 %).
SANTE
Les départements ruraux du Nord de la France ressentent de façon plus prégnante qu'ailleurs le problème du renouvellement des médecins de campagne. Dans ce contexte, avec 92 praticiens pour 100 000 habitants, les Vosges présentent une densité encore correcte, légèrement inférieur à la moyenne nationale (100 pour 100 000 habitants). Néanmoins, on ne doit pas négliger le fait que 40 % de ces médecins de campagne ont plus de 55 ans. Le renouvellement sera difficile et on doit s'en préoccuper, en particulier au regard de l'échéance du vieillissement de la population : faute de médecins de campagne disponibles, ce sont des lieux d'hébergements provisoires permanents qui devront se compter en nombre plus important. Ces structures ont naturellement un coût...
Le maillage hospitalier demeure important, même si des évolutions sont à venir. Côté hébergement, le département compte 5000 lits pour personnes âgées, soit 158 places pour 1000 personnes de plus de 75 ans (121 en moyenne nationale).
SPORT ET CULTURE
Les Vosges sont bien dotées en équipements sportifs : 6,7 équipements aux 1000 habitants (5,4 en moyenne nationale). Néanmoins, seulement 7,9 % de la population a au moins une licence dans un club sportif (8,7 % en moyenne nationale).
Les équipements culturels du département sont nombreux et divers (site gallo-romain de Grand, Domrémy, cité des images (Epinal), musées divers, parc d'attractions de Fraypertuis, etc.). Le département possède également 321 monuments historiques classés et offre 6000 fauteuils de cinéma. Malgré ces équipements, la fréquentation reste faible. Par exemple 1,5 entrée annuelle de cinéma par habitant (3,1 en moyenne nationale).
DESENCLAVEMENT ET COMMUNICATION
Les principales villes du département sont directement desservies par des moyens de communication de qualité (autoroutes, routes nationales, TGV). Un projet de liaison vers Belfort reste à finaliser. Les dessertes vers les villes de moyenne importance et des sites touristiques sont probablement à améliorer.
La possibilité de disposer à titre individuel ou professionnel du haut débit, voire du très haut débit n'est pas encore une réalité pour tous, même si la couverture s'améliore progressivement.
CONCLUSION
Cette photographie de notre département permet de constater des situations variées selon les secteurs socio-économiques observés, ainsi qu'en fonction de la localisation géographique. Notre département dispose d'un certain nombre d'atouts. Il convient de mettre en synergie les acteurs et les possibilités. De nombreuses pistes intéressantes sont d'ores et déjà ouvertes à la réflexion par les seuls constats ci-dessus : nouvelles technologies, hébergement touristique, santé et vieillissement de la population, industrie et artisanat, etc.
Le conseil général s'est donc livré à un exercice prévisionnel (plan 2009/2012) fixant les grandes lignes sur lesquelles concentrer l'action et l'investissement de nos impôts. Il n'en demeure pas moins qu'au moment de la préparation et des discussions aboutissant à ce plan, les perspectives étaient considérées à modalités fiscales stables. Or la dernière annonce présidentielle de suppression de la taxe professionnelle remet en cause les financements envisagés, tant que les compensations et modalités des futurs impôts, basés sur de nouveaux principes, ne sont pas connus.
11:58 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
13.02.2009
> PIB : la France s'approche de la récession...
Au quatrième trimestre 2008, selon l'INSEE, le produit intérieur brut (PIB) baisse de 1,2 % en volume. Il s'agit de la plus mauvaise performance pour l'économie française depuis le quatrième trimestre 1974. Rappelons qu'un état est officiellement en récession lorsque 2 trimestres consécutifs sont négatifs (+0,1% au 3è trimestre 2008). Dans le détail, le PIB repose sur 4 critères :
- La consommation des ménages qui s'accélèrent (+0,5 % après +0,1 % au troisième trimestre 2008).
- La formation brute de capital fixe (FBCF) totale qui baisse nettement (-1,1 % après -0,2 %).
- La balance entre les exportations qui chutent (-3,7 % après +1,0 % au troisième trimestre 2008) et les importations (-2,2 % après +1,1 %).
- Et enfin, les variations de stocks qui contribuent pour -0,9% à la croissance du PIB, après un score nul au troisième trimestre.
Globalement, malgré un maintien du rythme de la consommation des ménages (seule bonne nouvelle), cela ne suffit pas, en particulier en raison du fort déficit de notre balance commerciale (liée à une baisse globale de l'activité mondiale), cumulé à une diminution des stocks (le secteur automobile est révélateur pour cet indicateur, puisque tous les constructeurs diminuent leur stock face à l'absence de commandes).
Au delà de ces statistiques, il ne faut pas accorder plus d'importance à ces valeurs communiquées par l'INSEE qu'elle n'en ont. Le PIB ne doit pas être un fin en soi, mais bien un indicateur comparé pour juger de la santé de notre économie. Un peu comme si un médecin cherchait juste à faire baisser la fièvre du malade sans chercher les causes de la pathologie.
Donc l'action politique ne doit pas avoir pour objectif de faire remonter le PIB, mais plutôt de trouver les remèdes structurelles qui permettront d'assainir la situation et de retrouver, après coup, des valeurs positives pour ce qui n'est qu'un indicateur (et doit le rester).
Par contre, le budget de l'Etat pour 2009 a été établi sur une perspective annuelle de croissance du PIB comprise entre 0,2% et 0,5%. Ce ne sera visiblement pas le cas : l'activité en France devrait être inférieure à -1% selon le dernier communique de la ministre Christine Lagarde (certains commentaires parlent de "croissance négative", vocable contradictoire en soi). Le constat immédiat de cet ajustement des perspectives induit une augmentation de la dette de notre pays, si les dépenses ne sont pas revues à la baisse, puisqu'à défaut, c'est à nouveau l'emprunt qui permettra de financer celles-ci (et en particulier les plans de relance)...
10:18 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
11.02.2009
> Plan de relance : un équilibre à trouver entre interventionnisme et liberté absolue
Les entreprises françaises expriment, lors de l'Assemblée générale de l'Institut de l'entreprise (10 février 2009), la crainte de se voir imposer, à l'occasion de la crise et du plan de relance qui lui est associé, des contreparties sociales qui les empêcheraient de s'adapter.
Face aux surcapacités importantes que connaissent des secteurs comme l'automobile, il est demandé que les contreparties ne soient pas être trop rigides. Pour Patrick Devedjian (ministre chargé de la mise en œuvre du plan de relance), il serait au contraire difficilement compréhensible d'avoir recours à l'argent du contribuable sans contrepartie sociale... Visiblement les interlocuteurs ne sont pas sur la même longueur d'onde, c'est le moins qu'on puisse dire...
LE RETOUR DE L'ÉTAT
Certains chefs d'entreprise s'inquiètent également des déclarations de Nicolas Sarkozy sur la "règle des trois tiers" à propos du "partage des profits : un tiers pour les salariés, un tiers pour les actionnaires et un tiers pour l'investissement. Selon l'Elysée, s'il n'est pas prévu de légiférer aussi fermement (sous peine de tomber dans l'économie administrée), on ne peut néanmoins pas se satisfaire de la situation actuelle. Cette question relève du dialogue social. Mais faute d'aboutissement concret, l'Etat saura assumer ses responsabilités...
UNE ENTREPRISE CITOYENNE ET ÉTHIQUE
S'engager dans la voie de l'économie administrée et fermée, financée par des banques plus ou moins nationalisées, consisterait à prendre le risque de voir l'économie plonger dans une phase de régression. Le coût en serait considérable pour les perspectives de croissance économique et le bien-être collectif. L'économie centralisée (alternative classique à l'économie de marché) a échoué et a mis en cause les libertés. Le pendant de ce dirigisme économique est la fermeture des frontières qu'il faut à tout prix éviter et qui ressurgit actuellement, y compris au sein de l'Europe et de la "zone euro". L'expérience désastreuse des années 1930, qui a débouché sur la grande dépression et la guerre, est là pour rappeler les dangers de l'alternative du repli sur soi. L'ouverture des frontières est la seule condition de la croissance économique et de la paix.
Néanmoins, il faut impérativement tirer les leçons de cette crise, et en particulier la place de l'entreprise dans la société. si l'entreprise est la propriété des actionnaires, elle trouve cependant sa légitimité dans sa contribution aux collectivités dans lesquelles s'inscrit son activité. Sa relation à l'ensemble de ses parties prenantes - actionnaires, salariés, clients, fournisseurs -, pourrait être utilement réexaminée, voire rééquilibrée. Et puis la confiance repose sur la qualité de la culture et des valeurs de l'entreprise, sur sa place dans la société. L'entreprise du 21ème siècle doit être citoyenne et éthique.
QUATRE QUESTIONS
En conclusion à cette Assemblée générale de l'Institut de l'entreprise, quatre grands questionnement résument les interrogations actuelles des chefs d'entreprises :
- Comment favoriser la prise en compte du long terme par l'ensemble des parties prenantes de l'entreprise ?
- Comment redéfinir le rôle du manager dans l'entreprise ?
- Comment définir les relations entre puissance publique et entreprises dans le monde de l'après-crise ?
- Comment les entreprises peuvent-elles contribuer à la cohésion sociale dans le monde de l'après-crise ?
CONCLUSION
La prise de conscience d'une nécessaire "redistribution des cartes" économiques par les chefs d'entreprises est la première réponse positive à la volonté de contribuer dans le dialogue à la construction de nouveaux repères économiques. Gageons que cette initiative n'est pas qu'un artifice destiné à laisser passer l'orage, mais bien la base d'une nouvelle gouvernance nécessaire des règles économico-financières mondiales. A suivre donc...
10:40 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
10.02.2009
> Crise sociale dans les DOM : plus proche de nous qu'il n'y paraît...
La crise sociale, qui couve et paralyse la Guadeloupe depuis plusieurs semaines maintenant, commence à faire tache d'huile et provoquer des mouvements sociaux en Martinique et en Guyane. Si les médias en charge de l'information dans notre métropole évoquent plus longuement la tempête locale que ces mouvements sociaux, c'est probablement en raison de l'éloignement géographique.
Mais ne nous y trompons pas, ces événements ne sont pas si éloignés de nous que cela. Pour preuve les 133 demandes déposées par le collectif "Liyannaj Kont Pwofitasyon" (Collectif contre l'exploitation outrancière), à l'origine de la grève générale qui paralyse la Guadeloupe depuis trois semaines, et qui réclament "contre la vie chère", entre autres, une augmentation de 200 euros nets pour les bas salaires qui bénéficierait à 45 000 personnes sur l'île.
Si le gouvernement en la personne du secrétaire d'État à l'outre-mer Yves Jégo s'est précipité sur place pour résoudre ce conflit, c'est qu'il ne tient pas à donner l'exemple du pourrissement d'une situation, et de l'incapacité de l'État à gérer la difficulté des concitoyens, dans une période où le président Sarkozy est plutôt à la peine pour mener les affaires du pays et nous convaincre du bien-fondé de sa démarche.
Certes, tout n'est pas rose dans la gestion de ce conflit. Et en premier lieu le double aller et retour entre la métropole et les Antilles de ce même secrétaire d'État, quittant l'île précipitamment et discrètement pour venir prendre les ordres à Matignon. Il n'en demeure pas moins que la mobilisation massive de la population dans ce conflit, de toute corporation, publique ou privée, démontre qu'il ne faut pas prendre à la légère les baisses de pouvoir d'achat non résolues jusque-là.
Car c'est bien de cela dont il s'agit, du pouvoir d'achat. La crise mondiale que nous traversons menace l'emploi, les salaires et les recettes en général. Comme à chaque fois dans de telles circonstances, ce sont les plus faibles, les plus isolés, les plus âgés aussi qui en subissent le plus durement et durablement les effets négatifs. Pour peu que les laissés-pour-compte voient leur nombre augmenter de façon relativement importante et sur des longues durées, les prémices d'un soulèvement social ne sont pas complètement écartées.
Le président français doit probablement observer très attentivement l'évolution de ce dossier brûlant, craignant après les fortes manifestations réussies en janvier que cet exemple ultra-marin ne serve d'étincelles à une poudrière qui pourrait prendre rapidement, faute de perspectives heureuses à court terme.
Plus que tout, et au-delà des solutions, c'est l'exemplarité de ceux qui donnent la leçon qui sera jugée. Personne n'est complètement aveugle ou sourd dans cette crise. Chacun comprend que le moment est grave et que la situation économique est peu reluisante. Il faudra se retrousser les manches et travailler ensemble pour s'en sortir. Cela signifie que tout le monde devra se mettre à l'oeuvre et pas seulement quelques-uns pendant que d'autres continuent à observer et à vivre comme si de rien n'était. En particulier, il appartient à la "nomenclatura", qui détient aujourd'hui le pouvoir politico-financier, d'accepter de revoir à la baisse ses salaires, gratifications et rémunérations diverses. Comment expliquer à un retraité qu'il doit vivre avec moins de 700 € par mois quand celui qui explique en touche 10 fois plus, voire davantage...
16:48 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
> Suppression de la taxe professionnelle : un véritable choix politique
Dans les mesures annoncées le 5 février par Nicolas Sarkozy, celle “phare” est la suppression de la taxe professionnelle.
Cette taxe spécifiquement “franco-française”, sans équivalent dans le monde, "génialement" imaginée en son temps par Jacques Chirac, a une curieuse particularité : parmi les assiettes de son calcul figurent, pour l’essentiel, et le montant des investissements et la masse salariale. En clair, cela veut dire que chaque fois qu’une entreprise se modernise et fait des investissements en conséquence, elle est immédiatement taxée sur le montant de ces investissements et, plus grave, chaque fois qu’elle crée des emplois (donc augmente sa masse salariale), elle se trouve aussitôt pénalisée. Un véritable frein et à l’investissement et au développement de l’emploi. Surprenant, non, vu sous cet angle ?...
Donc Nicolas Sarkozy veut supprimer cette taxe. A priori, on pourrait dire "bravo" ou encore "enfin l'initiative et le travail à nouveau errigés en priorités"... Néanmoins le contexte entourant ce projet de suppression n'est pas neutre :
- L’état français n’est plus en mesure d’alléger ses ressources fiscales du moindre denier, au risque de creuser encore plus notre déficit, déjà abyssal. Il va donc falloir “inventer” un autre impôt de remplacement. Pour mémoire les recettes de la taxe professionnelle seraient évaluées plus près de 20 milliards d'euros que des 8 évoquées par le président. Ce nouvel impôt sera payé par qui ? Sous quelle forme ? Calculé sur quelle assiette ? La seule évocation d'une taxe "carbone" ne peut suffire à rassurer : soit ce sont seulement les entreprises qui sont assujéties à cette taxe. Auquel cas, les plus productifs "économiquement" seront probablement les plus productifs "carboniquement"... Il s'agirait donc de changer de nom, mais pas la réalité de l'impôt. Soit toute "entité" économique est soumise à cette taxe (avec éventuellement des taux de calculs différents par "catégorie"). Auquel cas, ce sont les ménages (encore eux !) qui devront payer la facture de ce transfert...
- La taxe professionnelle était une des ressources principales des collectivités territoriales. Elles vont en être désormais privées (il ne restera plus pour elles que l’assiette sur le foncier, soit environ 20% du montant total actuel). On a entendu dans la bouche de Nicolas Sarkozy que l’état subviendrait à ces collectivités pour compenser cette importante perte de ressources. Fort bien. Mais, quand on sait que l’état est un très mauvais payeur et a l’habitude de vivre sur le crédit des sommes qu’il doit à ces collectivités (rappelons que le paiement de ces dettes constituent d’ailleurs la plus grosse part de notre “plan de relance”), on se demande vers quelle autre crise on s’achemine...
- Au niveau des communes, outre la recette financière majeure que constitue la taxe professionnelle, c'est aussi un vecteur de dynamisme : les collectivités ont intérêt à inciter à l'installation d'entreprises, pour récupérer la TP et pouvoir ainsi investir dans des équipements collectifs. Venue d'entreprise s'ignifiant de l'emploi pour les concitoyens. Un cercle vertueux qui s'auto-alimente pour le bien être de chacun...
Si l'idée de supprimer l'exception française que constitue la taxe professionnelle n'est pas une mauvaise idée en soi (pour redonner du "souffle" à l'initiative), il reste qu'il faut impérativement trouver la compensation la moins mauvaise possible pour permettre aux collectivités locales de survivre, alors qu'on leur demande (et transfert) toujours plus de compétences et responsabilités... Et ceci sans pénaliser davantage les ménages subissant déjà de plein fouet les effets de la crise économique actuelle. Difficile équation à résoudre en perspective...
12:48 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



